Gestion des terres agricoles : les nouveaux modèles 1/5
Publié le 13 Jan 2024
Voici le premier article d’une série qui reprendra les interventions de la formation « Gestion des terres agricoles » du 20 novembre 2023. Le diaporama support est ici.
Quel état des lieux de l’agriculture, quels nouveaux modèles agricoles ?
Intervention de Vincent Kraus, l’un des trois fondateurs de Fermes en Vie (https://www.feve.co/). FEVE existe depuis trois ans et a pour double ambition d’essayer d’accélérer la transition agro- écologique et de répondre au renouvellement des générations. La création d’une foncière permet d’aider des jeunes à s’installer en agroécologie.
Quelques chiffres importants pour commencer : le secteur de l’agriculture émet environ 20% des gaz à effet de serreen France, c’est le deuxième secteur après les transports. On constate une baisse de 70% des populations d’insectes en trente ans en Europe. Les terres agricoles représentant 50% des terres en France, de nombreuses analyses montrent que l’agriculture a un impact assez significatif sur cette perte de biodiversité, même s’il est difficile de connaître précisément l’apport de chaque cause. Dernier élément, 58% de la consommation d’eau douce concerne l’agriculture en France. Au niveau des sols, 60% des sols cultivables sont considérés comme dégradés en Europe. Un sol dégradé, c’est un sol qui a perdu sa capacité et ses fonctions pour produire de l’alimentation. Ces éléments sur le réchauffement climatique, la perte de biodiversité, l’utilisation de l’eau et l’état des sols permettent de situer le débat et constituent les principaux problèmes liés au modèle agricole d’aujourd’hui, fondé sur la monoculture, une hyperspécialisation des régions et l’utilisation d’intrants chimiques qui peuvent avoir des conséquences sur les sols.
Beaucoup de solutions sont mises en avant pour inverser les choses : on parle d’agro-écologie, de permaculture, d’agriculture régénérative et ces nombreuses notions ne sont pas exactement définies. L’unique label avec cahier des charges qui existe est celui de l’agriculture biologique, qui pour simplifier, n’utilise aucun intrant de synthèse pour produire. Malgré cela, on lui fait certains reproches, par exemple qu’il ne cherche pas à diminuer l’impact carbone de l’agriculture ou ne s’intéresse pas à la préservation du sol. Par exemple, l’agriculture régénérative se focalise sur la limitation du travail du sol, le couvert permanent, les rotations longues de culture qui permettent de recréer la fertilité naturelle du sol. Il faut essayer de récupérer les bons éléments de chaque type d’agriculture plutôt que de les opposer. Cela est complexe, car il faut beaucoup de connaissances et de compétences, par exemple pour faire de l’agriculture de conservation des sols en bio.
Voici maintenant quelques principes et éléments de l’agro-écologie. Tout d’abord, limiter les impacts sur l’environnement et l’usage de ressources non renouvelables (les intrants chimiques, carburants pour les machines…). Pour limiter cela, il s’agit d’avoir une réflexion systémique, pour créer des synergies entre différentes cultures, les unes à côté des autres ou qui se suivent dans les rotations, avec l’objectif de diversifier les cultures, pour limiter les risques liés aux aléas climatiques, de marché, à la propagation de ravageurs. Il s’agit aussi d’utiliser les processus naturels au maximum, de boucler les cycles de l’azote, du carbone et de l’eau, trois cycles très importants dans l’agriculture. Enfin, essayer de créer des équilibres entre ravageurs et auxiliaires de culture, grâce à une meilleure biodiversité autour des terres agricoles.
Concrètement, que donne l’agro-écologie ? Voici quelques notions pour mieux produire : premièrement, la diversification des cultures et la rotation des cultures qui y est liée. Plus les rotations sont longues, moins il y a de pression des ravageurs et moins il y a besoin de protéger les cultures de ces ravageurs ou des adventices, les « mauvaises herbes », qui reviennent plus souvent quand on enchaîne les mêmes cultures au même endroit. Le couvert permanent, c’est-à-dire qu’entre deux cultures on remet une culture intermédiaire, permet de ne pas laisser les sols à nu et de limiter l’érosion par l’eau ou le vent. L’usage de l’arbre dans des haies ou en intra-parcellaire (agroforesterie) permet à la fois d’abriter la biodiversité et de mieux stocker l’eau. Ces différents éléments peuvent se complémenter les uns les autres, de plus en plus d’agriculteurs essayent de mettre en place ces différents aspects.
L’agro-écologie a un impact positif sur les émissions de gaz à effet de serre, la biodiversité, l’eau et l’état des sols, pour faire les liens avec les chiffres évoqués au début. On peut stocker entre une et trois tonnes d’équivalent CO2 par an et par hectare en suivant certaines pratiques (travail du sol réduit, agroforesterie…). Sur la biodiversité, un sol en agriculture biologique contient beaucoup plus d’organismes vivants et plus divers (vers de terre, insectes) qu’un sol en agriculture conventionnelle. Il « grouille de vie » ! Concernant l’eau, des terres agricoles nues ne résistent pas bien aux inondations, qui lessivent le sol et causent l’érosion. Selon les pratiques, on peut permettre à l’eau de s’infiltrer entre deux et huit fois plus que sur les terres conventionnelles. Quand le sol est plus riche en carbone, le sol devient une « éponge » et l’eau s’infiltre mieux.
Retranscription de l’intervention de Vincent Kraus lors de la formation « Gestion des terres agricoles » du 20 novembre 2023
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